Le LUFF en bref

Le Lausanne Underground Film & Music Festival (LUFF) s'applique depuis maintenant neuf ans à ne pas caresser le spectateur dans le sens du poil, en proposant une programmation hors normes et originale. Et depuis maintenant neuf ans, le LUFF fusionne la musique et le 7e art dans une alchimie d'images insolites et de sonorités xénomorphes, créations d’artistes novateurs ou avant-gardistes internationaux peu représentés sur le territoire Suisse.

Le LUFF est aujourd'hui un festival reconnu par les institutions, sans pour autant être rentré dans le rang; il prend chaque année ses quartiers principaux dans les salles de la Cinémathèque Suisse, et est soutenu depuis 2007 par l’Office Fédéral de la Culture (OFC).

Film & Musique

Une des vocations originelles du LUFF est de faire découvrir les oeuvres cinématographiques des fondateurs des mouvements underground apparus dans les années 60, et de mettre en exergue leur valeur historique, leur influence sur le cinéma contemporain, ainsi que leurs évolutions postérieures. Le deuxième axe fondamental du LUFF est de s'intéresser aux nombreuses nouvelles formes d'un cinéma dit "marginal" (dont le principal dénominateur commun est un budget le plus souvent plutôt minimal). La programmation se compose donc naturellement de plusieurs rétrospectives consacrées aux précurseurs de l’underground, tout en proposant une compétition internationale de films underground actuels, courts et longs. Tous ces films n'ont, en raison de leur forme et/ou de leur contenu atypique, peu (ou, le plus souvent, carrément pas) de visibilité dans les circuits commerciaux conventionnels.

Là où le LUFF se démarque le plus franchement de ses prestigieux cousins (les festivals de cinéma underground organisés dans des métropoles à peine plus prestigieuses que Lausanne, comme New York, par exemple), c'est en associant à parts égales à sa sélection cinématographique une programmation musicale tout aussi gargantuesque. Le terme underground, appliqué à la musique, revêt des aspects quelque peu différents (expérimentations sonores extrêmes, performances scéniques inédites, nouveaux courants musicaux émergents), mais le LUFF s'efforce à mettre en évidence les liens et les parallèles entre cinéma et musique underground. Cette dualité fait du festival une plate-forme culturelle unique en son genre.

Le champ d'action du LUFF s’est également développé, au fil des années, pour s'étendre vers d'autres formes artistiques ou médiatiques avec, entre autres: l’édition annuelle d’un livre/CD sur un des musiciens se produisant au festival, un concours de création artistique originale lors de chacune des éditions, ainsi qu'une radio éphémère et des performances plus ou moins décalées, pendant toute la durée du festival. L’Association pour la Promotion de la Culture Indépendante (APCI), qui chapeaute le LUFF, organise en outre ponctuellement projections et concerts, en Suisse et à l’étranger, et collabore également à quelques festivals associés et amis.

Underground?

À l’origine, le terme underground était principalement lié à certaines créations cinématographiques américaines des années 60, et dont certaines inventions plastiques reprenaient les découvertes amenées par la Nouvelle Vague française : une plus grande mobilité de la caméra, des cadrages imprévus, une approche libre du montage, etc. Les films qui avaient pour enjeu de donner à voir une vision du monde marginale faisaient l’objet de projections sauvages dans les contextes les plus inattendus, échappant ainsi à la censure.

Par le travail de défenseurs de ce cinéma marginal tels que Jonas Mekas, P. Adams Sitney ou encore Annette Michelson (qui présente l’avant-garde américaine à Montreux en 1974 lors des « nuits blanches » !), L’Underground a été défini comme un genre cinématographique. Dès lors, il est entré dans l’histoire et a pu être intégré par des institutions spécialisées. De nos jours, les repères culturels se sont déplacés, rendant plus perméables les distinctions entre cinéma industriel et cinéma underground. L’apparition de nouveaux supports techniques a, d’une part, modifié la nature des pratiques filmiques, et d’autre part, induit des changements dans les moyens de diffusion. Du coup, il s’agit de redéfinir les figures singulières qui aujourd’hui tentent de poursuivre cet esprit avant-gardiste. Et c’est le travail que se propose précisément de mener le LUFF. Honorant la marginalité, le LUFF propose de porter un regard ouvert sur les oeuvres de cinéastes et des musiciens aussi géniaux qu’innovants, qu’ils soient illustres ou moins reconnus, refusant les compromis et la facilité.

Programmation cinématographique

La sélection cinématographique du LUFF se veut aussi historiquement pertinente que poilante, aussi thématique que touffue et variée. Si d’un côté, le festival se penche sur le patrimoine aujourd’hui institutionnellement reconnu du cinéma d’avant-garde et underground des années 1950 à 80 (Andy Warhol, Kenneth Anger, Koji Wakamatsu, Richard Kern ou Jonas Mekas – pour ne citer qu’eux); il accorde également une large place au cinéma le plus indépendant et le plus novateur produit actuellement aux quatre coins de la planète. Qu’ils soient oniriques ou trash, politiques ou fantastiques, érotiques ou philosophiques, les films présentés au LUFF ont tous une singularité affirmée qui ne correspond guère aux critères de sélection en vigueur dans les circuits de distribution traditionnels. Ses programmateurs prospectent tous azimuts à longueur d'année afin de pouvoir proposer aux spectateurs des programmes de films, en format long et court, à des années-lumière des produits formatés pour les multiplexes, et invitent de nombreux réalisateurs à venir présenter leurs films en chair et en os.

Programmation musicale

Le LUFF inclut dans son programme des soirées concerts et performances sonores dès sa seconde édition, en 2002. Le volet musical du festival développe une identité propre, mais néanmoins indissociable de son pendant cinématographique, pour former avec lui l'entité bicéphale unique et un peu monstrueuse que l'on connaît aujourd'hui. Sa programmation expose chaque année une certaine vision de l'underground musical, autour des personnalités les plus emblématiques des scènes expérimentales et noise, comme du côté de certains grands précurseurs historiques de l'underground, ou encore vers de jeunes pousses à l'origine de nouvelles tendances musicales en pleine gestation. Comme si tout cela n'était encore pas assez original, une attention toute particulière est portée, lors de chaque édition, aux liens entre musiciens et cinéastes underground (quand des collaborations inédites entre eux ne sont pas directement provoquées par les programmateurs). Au travers de cinq nuits de concerts aux thématiques diverses, mais cohérentes, les secousses telluriques côtoient les guitares distortionnées, les maniaques des platines succèdent aux performances scéniques radicales. Bien que le LUFF goûte moins que d'autres festivals moins hors normes à le mentionner sur son affiche, le festival n'accueille pratiquement que des artistes en exclusivité et des projets inédits.