Michael Snow: un cinéma de l'amplitude

Si les films de Michael Snow sont fréquemment décrits à partir d’un énoncé méthodique, l’expérience que produisent les œuvres travaille l’écart entre ce qui est identifié et réellement perçu. Tant dans son travail photographique que cinématographique, les distorsions perceptives mettent en relief l’espace complexe et ambigu de l’image, dépassant toute forme d’automatismes.

L’amplification peut convoquer des questions d’optique, de luminosité, d’oscillations sonores, d’amplitude spatiale, et de construction d’un processus de travail, aspects inhérents au cinéma de Michael Snow. Dès lors que l’intensité de l’expérience générée par ses films élargit le champ des connaissances, ces objets multidimensionnels nécessitent d’être appréhendés au travers d’une approche spécifique.

Deux ans après que le cinéma de Michael Snow ait acquis une reconnaissance internationale avec le Grand Prix attribué à Wavelength lors du quatrième Festival Expérimental de Knokke-le-Zoute en Belgique, en été 1969, le théoricien du New American Cinema, P. Adams Sitney caractérise certains de ses films au travers de la notion de « film structurel ». Le premier article, publié dans Film Culture, suscite le débat ; George Maciunas réplique par une redéfinition de la notion de « structure », relevant selon lui d’un agencement complexe. Dans un deuxième texte, Sitney spécifie la nature d’un langage cinématographique de la configuration. Présentée comme une démarche prédéterminée, la structure vise à élargir le champ perceptif du cadre de la caméra. Pour sa part, Wavelength est articulé par des oppositions entre intérieur et extérieur, lumière et obscurité, positif et négatif, composant une exploration potentielle de l’espace et des propriétés cinématographiques.

Résistant à toute logique linéaire, les films de Michael Snow amplifient la conscience de réalités qui coexistent simultanément, l’espace de l’œuvre mettant en perspective celui du spectateur. La trajectoire d’un processus est déviée par de multiples trans-formations au cours desquelles les dimensions sont dilatées par des passages réversibles du fixe au mobile, du plan au volume, du matériel au transparent.